
Vous ne les verrez sûrement jamais, mais ils protègent vos enfants du feu, des produits toxiques, des bords tranchants… Ils interrogent les jouets, à leur manière. La manière forte, musclée, brutale. Tortionnaires sans scrupules, ils sont employés aux laboratoires des douanes, et manipulent le scalpel pour que vos petits bouts s’amusent sans danger.
Sur les 11 laboratoires des douanes françaises, 2 sont spécialisés dans les tests menés sur les jouets. Ils y subissent des examens drastiques mettant à l’épreuve leurs coutures, leurs peintures, leurs plastiques, et révélant leurs moindres défauts.
Parmi les grands classiques de la torture pour jouets, on trouve la traditionnelle petite flamme, qui permet de savoir à quelle vitesse la combustion se propage sur l’objet. Si cette vitesse excède les 3 centimètres par seconde, le modèle est recalé. On trouve aussi le scalpel, une autre valeur sûre des supplices corporels, avec lequel les techniciens grattent les jouets, afin de récolter des éclats de peinture et de mesurer leur toxicité. Il y a encore le poids d’un kilo, lâché au-dessus du jouet cinq fois de suite. S’il casse ou présente des bords coupant, malheur à lui !
Bien d’autres procédés sont utilisés, car un objet destiné aux enfants de moins de 3 ans doit répondre à 31 exigences diverses. « Contrôler un jouet, c’est comme une poupée russe. Il y a toujours quelque chose de plus petit à analyser. » déclare Mathieu Genoud, responsable du secteur jouet du laboratoire des douanes de Lille. En 2006, ce laboratoire a analysé 115 jouets, dont 57% étaient aux normes, contre seulement 47% des 141 passés au crible les 8 premiers mois de 2007.
Peut-on contrôler tous les jouets qui arrivent sur le marché français ? La tâche semble impossible. C’est pourquoi les douanes restent à l’écoute de l’actualité. Quand un fabriquant est épinglé à l’étranger pour le non-respect d’une norme, les douaniers français envoient à leurs labos plusieurs exemplaires de l’objet incriminé. Ils se méfient à l’apparition d’un jouet tiré d’un dessin animé récent. D’autres échantillons analysés proviennent d’interceptions aux ports et aux aéroports, ou même directement des boutiques.
D’après Le Monde, édition du vendredi 14 septembre 2007.